« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

dimanche 3 décembre 2017

sainte Lucie la Chaste

 



En Espagne, la naissance au ciel de sainte Lucie la Chaste, vierge, du Tiers Ordre de Saint-Dominique. Née en France, elle suivit en Espagne saint Vincent Ferrier. Un jeune homme, ravi de la beauté de Lucie, fit auprès d'elle de vaines démarches pour lui faire partager son affection. Comme il insistait, la jeune vierge lui fit demander ce qu'il y avait dans elle capable de lui inspirer une passion si vive. « Ce sont vos yeux », fit répondre au jeune homme, « qui ont captivé mon coeur ». A ces mots, Lucie, entrant dans sa chambre, se met en oraison puis, cédant à une inspiration divine, enlève avec un canif ses yeux de leur orbite et les envoie dans un plat à l'insensé, en lui faisant dire : « Vous prétendez que mes yeux vous ont charmé : les voilà, je vous les offre ». Cette action héroïque eut deux excellents résultats : frappé de la générosité de Lucie, pour la conservation de sa pureté, le jeune seigneur qui l'aimait éperdument se convertit et entra dans l'Ordre de Saint-Dominique, où il sanctifia. D'autre part, Notre-Seigneur eut pour si agréable cette action courageuse de notre Sainte, qu'il la pourvut d'autres yeux bien plus beaux que ceux dont elle avait fait le sacrifice pour demeurer fidèle à son divin Époux.

Sainte Lucie la Chaste opéra pendant sa vie et après sa mort un nombre infini de miracles. A Xérez de la Frontera (Intendance de Cadix), on vénère sur un autel une très-antique statue qui la représente. Son effigie est dans un grand nombre d'églises et on l'invoque efficacement contre les ophtalmies. Une similitude de noms a fait que les peintres ont souvent substitué sainte Lucie la Martyre à sainte Lucie la Chaste. Cette dernière a le privilège exclusif d'être représentée tenant à la main un plat dans lequel se trouvent deux yeux. C'est par abus qu'on représente sainte Lucie Martyre avec les mêmes emblèmes.

Source : Les petits bollandistes Tome XIV, 1888, pp. 26-27

lundi 27 novembre 2017

Père Onésime Lacouture - 2-24 - L'humilité de Jésus


VINGT-TROISIÈME INSTRUCTION
L’HUMILITÉ DE JÉSUS.

«Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur.»

Plan Remarque: deuxième amour naturel.  (Dans l’intelligence : admiration propre.  Ses éléments: (Dans la volonté : amour-propre.  (Dans la vie: recherche des louanges.  Résume: Echantillon de ce que Dieu veut pour lui-même.  (Son intelligence admire perfections divines Humilité de Jésus: (Sa volonté: tout à l’amour de Dieu.  (Sa vie: recherche de la gloire de Dieu.  Résumé: son humilité a mêmes sentiments qu’au ciel.  (Il attaque notre intelligence par les vérités de la foi et ses mystères.  Notre humilité: (Volonté: renoncement et humilité (Vie: souffrances Résumé: Sottises, mépris, souffrances.  Ce sont les trois choses qui remplissent le calice de Jésus selon les Apôtres.  

REMARQUE  Après avoir par sa pauvreté détruit le fondement du premier amour naturel dans l’homme, l’amour des créatures, il s’attaque maintenant au deuxième amour naturel dans l’homme qui est l’amour de soi, il lui enlève son fondement par l’humilité.  Sa pauvreté est la pratique de la première béatitude; son humilité est la pratique de la deuxième béatitude: «Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre.» Pas besoin de grandes réflexions pour comprendre que l’amour de soi est incomparablement plus fort que l’amour des créatures et donc plus difficile à déraciner.  Aussi un certain nombre luttent contre le premier amour, qui est celui des choses créées: les religieux, les prêtres et quelques laïques.  Mais le nombre de ceux qui luttent contre l’amour-propre est fort restreint.  Les démons ont réussi à faire porter tous les efforts des prêtres en général uniquement sur le péché; ils croient avoir fait leur devoir quand ils ont tonné contre les vices de toutes sortes. 

Cette tactique sotte laisse intacte la plus grande partie du premier amour naturel, celui pour les choses permises et totalement intact l’amour de soi.  Or ces deux amours qui restent en l’homme suffisent pour exclure l’amour de Dieu et frustrer tous les efforts que les chrétiens font pour plaire à Dieu.  La cause de cet oubli vient de la philosophie du clergé qui ne rencontre pas du tout cette pratique du renoncement aux créatures permises et à soi-même… qui n’est pas défendu.  Mon amour pour les bonnes choses et l’amour de mon excellence ne sont pas mauvais «en soi»; Alors nos prêtresphilosophes ne voient là rien à attaquer.  Cette maudite philosophie bouscule tous les textes les plus forts de Jésus qui insiste sur ces deux renoncements; aux créatures permises et à soi.  Ils ne les voient pas, ils ne veulent pas les voir, ils les escamotent quand on leur présente; bref, ils les négligent complètement.  Et comme ils dominent dans le clergé et dans le monde ce n’est pas surprenant que les prêtres et les religieux en général ne prêchent pas ces deux renoncements.  Ils citent parfois des textes mais ils n’ont pas du tout l’intention de les faire pratiquer, pas plus qu’ils ne les pratiquent eux-mêmes.

Quand est-ce qu’on entend un sermon sur le renoncement à son jugement et à sa volonté?  Quand est-ce que les prêtres l’exigent des fidèles?  Ils ne s’en occupent pas du tout.  Où est le prêtre ou le religieux qui attaque systématiquement les motifs naturels?  Or ces motifs jaillissent de notre fond naturel, ils viennent de l’amour naturel que nous avons pour les créatures et pour nous-mêmes.  Si le moi se manifeste c’est bien dans mes raisons d’agir.  J’agis pour mes propres intérêts personnels, c’est évident au point de vue naturel.  Mais comme tout cela est bon «in se», les philosophes ne voient absolument rien à attaquer là.  Si parfois ils en parlent c’est comme d’une curiosité de la vie spirituelle pour une petite élite qui veut se signaler au service de Dieu, mais c’est du luxe!  C’est du conseil et tout finit là.  La preuve de ce qu’on avance ici est dans ce fait que dès qu’un prédicateur s’aventure à prêcher le renoncement comme tant soit peu obligatoire pour tous les chrétiens, il soulève une vraie tempête parmi les philosophesprêtres qui en ont connaissance.  Ils l’attaquent comme exagéré, comme confondant les conseils avec les préceptes et comme hérétique et contraire aux traditions de l’Eglise.  Comme les supérieurs ont été formés pour la plupart «à la philosophie», ils réduisent vite au silence ce prédicateur de «nouveautés» dans l’Eglise!  Il n’y aura pas un prêtre sur mille qui oserait le défendre.  C’est donc bien vrai que les prêtres et les religieux ne prêchent pas le renoncement comme Jésus le veut.  La Providence divine veut détruire l’amour de mon être par les cruautés sur moi, par les sottises contre mon intelligence et par les injustices et la haine contre ma volonté.  Or où sont ceux qui acceptent volontiers ces sortes d’épreuves?  Où sont-ils ceux-là?  Qu’on en trouve dans les religieux comme dans le clergé séculier?  C’est évident qu’ils sont encore plus rares chez les laïques.  Il est donc bien important pour nous d’étudier l’humilité de Jésus, qui est justement la destruction de l’amourpropre et de toutes ses ramifications dans l’humain.  Voyons d’abord en quoi consiste ce moi auquel je dois renoncer sur l’ordre de Jésus et sous peine de n’être pas avec lui dans l’éternité.  Prions bien le St-Esprit de nous protéger dans cette méditation, car nous aurons tout l’enfer contre nous.  Les démons ne veulent pas que nous dévoilions leurs pièges pour perdre des milliers d’âmes.  Prions aussi la Ste-Vierge de nous protéger contre les attaques des démons pour nous empêcher de comprendre l’humilité de Jésus afin que nous ne puissions pas l’imiter.  les éléments Le «soi-même» auquel il faut renoncer vaut la peine d’être examiné dans le détail puisqu’il s’agit de le détruire en nous.  Divisons-le pour mieux l’abattre!  Il est trop complexe et multiple pour pouvoir se détruire d’un coup.  Il vaut mieux le prendre partie par partie.  Etudions le dans l’intelligence, dans la volonté et dans la vie.

Dans l’intelligence: Le moi se manifeste par l’admiration de ses propres excellences ou perfections.  Comme c’est la seule lumière qu’il suit, il semble ne voir que ce qu’elle lui montre de lui-même; il admire ses idées, ses projets, ses connaissances, ses jugements.  Notre «païen» se croit donc facilement supérieur à tous les autres.  Plus il est borné et moins il voit ce qu’il y a chez les autres et plus il estime ce qui vient de lui.  On voit combien sont orgueilleux les peuples païens; ils se croient tous les sur-hommes de la terre.  Ces gens sont tellement pleins d’eux-mêmes qu’ils n’acceptent rien ou peu des autres.  Même la foi pénètre difficilement chez ces orgueilleux.  Quand on est rassasié on n’a plus faim!  Quand on se regarde comme une lumière, on n’est pas porté à prendre les idées des autres.  On est donc égoïste, pédant et vantard.  Dans la volonté: comme elle suit l’intelligence qui lui fournit ses idées ou ses objets, on comprend qu’elle s’attache à tout ce que son intelligence lui présente.  Comme ces deux facultés sont toujours d’accord chez ces «païens» ils ont la paix parfaite en eux-mêmes, parce qu’ils subissent à peine les influences du dehors.  Il faudrait la loi pour leur montrer combien croche et fausse est leur intelligence, mais ordinairement ces gens n’en ont pas ou trop peu.  C’est pour cela qu’ils sont si têtus.  Même chez les enfants païens, quel entêtement On les tuerait là plutôt que de les faire changer d’idée ou de volonté.  Aussi quand ils aiment une chose, ils la prennent, s’ils sont capables, peu importe le moyen ou la moralité.  Comme leur intelligence leur montre les choses créées comme faites pour eux-mêmes, ils s’en procurent le plus possible et mettent toute leur affection en elles.  Car c’est par elles qu’ils se satisfont dans tous les plaisirs qui contentent leur personne.  Tout ce qu’ils font est encore dans l’espérance d’en tirer parti pour eux-mêmes; ils sont le centre de leur activité.  Dans la vie: Avec ces deux foyers d’égoïsme dans l’âme, ces gens recherchent avec avidité des admirateurs de leurs perfections qu’ils croient si grandes.  Ils languissent quand ils n’en reçoivent pas et quelle joie quand on leur en donne.  Quelles courbettes ils sont capables de faire pour se les attirer!  Comme on peut les faire travailler pour des louanges!  La louange est le principal ressort qui les fait marcher en tout.  Ils sont obséquieux envers ceux dont ils attendent des louanges et cela surtout avec les étrangers qui ne les connaissent pas; mais avec ceux de la maison ils sont maussades et sans-coeur parce qu’ils n’auront pas de louanges pour ce qu’ils feront.  Ces orgueilleux pensent à leur propre gloire du matin au soir et y rêvent pendant la nuit.  Ils cherchent à monter dans l’échelle sociale pour être plus en vue afin d’avoir plus d’honneur.  C’est pour le même but qu’ils veulent s’enrichir afin d’avoir des amis influents, des positions lucratives et ainsi attirer des louanges et des honneurs pour leur précieuse personne.  Mais autant ils sont avides de gloire autant ils sont furieux contre ceux qui leur refusent des louanges.  Que de haine contre les autres seulement parce que ces autres ne les félicitent pas!  Que d’ennemis le sont uniquement parce que les uns refusent aux autres des louanges!  Si on veut gagner l’affection d’un ennemi, c’est le meilleur moyen; lui adresser même indirectement des félicitations pour quelque chose qu’il aurait fait de bien.  Quand on voit que quelqu’un s’éloigne, c’est encore le meilleur moyen de le ramener; vanter quelque chose qui lui appartient ou qu’il fait.

Tout cela montre combien ces gens estiment leur propre excellence.  C’est donc qu’ils ne voient rien au point de vue de la foi.  Ils jugent tout selon la raison comme de vrais païens.  Comme ils se croient les seuls auteurs de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font, ils s’attribuent toutes leurs perfections comme des petits dieux!… échantillon de ce que dieu veut pour lui-même.  Cet amour naturel pour soi est un véritable échantillon de ce que Dieu veut pour lui-même.  C’est pour cette raison qu’il nous l’a donné, simplement pour nous faire une idée de sa propre sainteté, qui est l’amour-propre de Dieu.  Sa sainteté est l’adhésion de sa volonté pour ses perfections divines; notre amour-propre est l’adhésion de notre volonté à nos propres perfections.  Mais Dieu ne nous l’a pas donné pour que nous le gardions pour nous-mêmes et surtout pour rivaliser avec lui.  Pas au tout.  Il nous l’a donné pour que nous le «semions» comme tous les autres échantillons de ses perfections.  Nous devons absolument nous défaire de cet amour-propre sous peine de ne jamais recevoir l’amour de Dieu ou la sainteté de Dieu, pas plus que le cultivateur aura une récolte pour le grain qu’il n’a pas semé.  Qu’on ne se plaigne pas qu’il y ait si peu de Saints.  C’est parce que les prêtres ne prêchent pas assez le sacrifice de l’amour-propre jusque dans ses détails.  Ils disent bien quelques fois que l’amour-propre est une espèce de vice, mais ils ne vont guère plus loin.  C’est que, pour attaquer convenablement le moi humain, il faut connaître la science de la vie spirituelle avec toutes les influences qui s’exercent sur elle; cela demande beaucoup d’étude, de réflexion et de prière parce qu’il faut les dons du St-Esprit que Dieu ne donne qu’à ceux qui se défont de leurs attaches même aux choses permises.  Et pour ce dernier point il faut sortir de sa philosophie pour cultiver la vraie théologie, ce que très peu de prêtres sont capables de faire ou ont même l’idée de faire.  La plupart sont empêtrés dans leur philosophie et ne savent pas comment en sortir.  Même s’ils trouvent un prêtre qui comprend le point de vue théologique des choses, il est tellement aveuglé qu’il va dire que c’est ce prêtre théologien qui est dans l’erreur, de sorte que ce n’est pas facile pour les pauvres philosophes de comprendre la science de la guerre à la personnalité morale ou au «moi» païen que tout homme a en venant en ce monde et qu’il garde tant qu’il ne suit pas un vrai théologien – si rare –.  Comme les philosophes-prêtres n’attaquent que le défendu, il y a assez de choses permises pour alimenter l’orgueil humain et satisfaire notre petit dieu pour qu’il reste le rival de Dieu au coeur de l’homme et donc qu’il perde le ciel et mérite l’enfer.  Voilà pourquoi le démon essaie de tenir les prêtres et les religieux dans la philosophie seulement de la religion ainsi que la plupart sont formés dans le monde entier.  Je ne dis pas que c’est l’Eglise qui les forme ainsi, ce sont les hommes euxmêmes, les professeurs de théologie qui ne sont que des philosophes de cette science sacrée et qui malgré les avertissements des Papes, des Saints et de toute la science ascétique et mystique, ne veulent pas donner le point de vue de l’amour, comme je l’ai montré dans l’usage des créatures.  StPaul et Jésus enseignent bien qu’elles sont du fumier comparées à l’amour de Dieu et l’Eglise a déclaré St-Jean de la Croix Docteur de l’Eglise.  Or c’est la seule idée qu’il a dans ses trois volumes: que tout créé intentionnel, ou que tout motif qui vient des créatures ou de la nature humaine n’est que du fumier devant Dieu.  Pourquoi les professeurs de théologie ne se mettent-ils pas à ce point de vue?

Ce n’est pas la faute de l’Eglise, mais c’est leur propre paganisme, leur propre mentalité, ou sensualité qui veut sauver les plaisirs qu’ils goûtent et veulent continuer de goûter dans les différentes attaches aux choses permises «in se», comme de fumer, etc… Voilà pourquoi ils évitent la doctrine du fumier des créatures si clairement donnée dans l’Evangile et par St Paul surtout.  Nous venons de voir un peu dans le détail l’amour de soi que tout homme porte en lui en venant au monde.  C’est à tout cela que le chrétien doit renoncer pour accomplir la parole de Jésus: «Si quelqu’un veut être mon disciple qu’il se renonce lui-même tous les jours, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.» Il n’y a rien de plus difficile au monde.  Or l’estime de soi-même en face de la foi est de l’orgueil.  Car mon moi n’est qu’un moyen pour obtenir Dieu; c’est mon argent pour acheter Dieu ou mon grain pour le récolter au ciel.  L’orgueil le garde précisément et ainsi le préfère à la sainteté de Dieu; il aime mieux son amour propre que l’amour de Dieu; voilà le crime de l’orgueil.  Eh bien, on comprend que dans l’humanité de Jésus il ne peut y avoir rien de semblable.  A cet orgueil naturel Jésus va préférer la pratique de l’humilité la plus parfaite au monde.  Etudions donc un peu: l’humilité de jésus Quand le Verbe s’est incarné, il n’a pas pris la personnalité humaine, mais seulement la nature humaine.  Une personne est celle qui est maîtresse de ses opérations, qui contrôle tout son être et qui est indépendante dans ses actions.  Une personne suit son intelligence, sa volonté comme elle veut et quand elle veut.  Eh bien, le Verbe s’est uni la nature humaine, mais il a créé au même instant son union avec elle et c’est la Personne du Verbe qui a pris possession tout de suite de cette nature.  Elle n’a donc jamais été conduite par une personne humaine, mais elle a appartenu tout de suite à la Personne du Verbe; c’est donc le Verbe qui a été son Maître, qui l’a contrôlée, gouvernée et dirigée.  Sa nature humaine n’a donc jamais eu ces sentiments que nous avons tous: je fais ce que je veux!  Telle chose n’a pas de bon sens, je ne la ferai pas parce que je n’aime pas cela, etc.  Toute sa nature humaine s’est donc renoncée totalement dans le Verbe.  Elle voyait si bien le divin qu’elle a agi exactement comme elle le ferait dans le ciel même.  Est-ce que là j’imposerai mes idées à Dieu?  ou ma volonté?  Sûrement non!  Mais je prendrai toutes mes idées en Dieu, je prendrai ma volonté en Dieu et je ferai toutes choses selon Dieu et pour Dieu.  Voyons le détail de cette union avec Dieu dans les trois centres d’activité que nous avons: l’intelligence, la volonté et l’être ou la vie.  L’intelligence humaine de Jésus ne s’est pas perdue dans la vaine admiration des échantillons créés quand elle contemplait les perfections divines du Verbe.  Même son propre être, le plus parfait que Dieu puisse créer n’était rien devant la divinité même qu’elle contemplait.  Elle ne s’admirait donc pas ellemême et comme en dehors de Dieu comme les hommes font si sottement.  Mais elle se perdait dans l’admiration des perfections divines de sorte qu’elle s’oubliait elle-même ou elle admirait en elle-même le divin que Dieu y avait mis, et donc ce n’était que Dieu qu’elle admirait.  Elle n’avait donc pas de sentiments d’orgueil, mais d’humilité profonde comme toute créature aura devant Dieu vu face à face au ciel.  L’humilité est souvent définie: se mettre à sa vraie place.  Eh bien, il est certain que l’intelligence humaine de Jésus est restée à sa place, infiniment inférieure à Dieu qu’elle a estimé comme une créature peut le faire unie à Dieu.  Sa propre perfection qu’elle voyait sans doute lui faisait voir la divinité dans l’échantillon de Dieu qu’était son être créé…

La volonté humaine de Jésus, comme la nôtre, prend son objet dans l’intelligence humaine de Jésus.  Comme celle-ci est pleine des perfections divines, la volonté les veut de tout le poids de son être.  Elle aime ce que l’intelligence contemple dans le Verbe et elle met là ses délices.  Elle adhère aux perfections divines de tout son être et c’est en cela que consiste sa sainteté, la plus grande de toutes les natures créées.  Aussi la volonté de Jésus veut exactement tout ce que Dieu veut et comme il le veut.  Jamais elle ne serait tentée de se révolter contre Dieu ou de vouloir autre chose que ce que Dieu veut.  On voit dans l’agonie de Jésus que sa volonté humaine supplie Dieu de la préserver de la passion, mais elle ajoute tout de suite: Que votre volonté se fasse et non la mienne.  Jésus a déjà dit: Je ne fais jamais ma volonté, mais je fais toujours celle de mon Père.  Voilà de la véritable humilité.  C’est Dieu qui est tout devant elle; et elle s’efface totalement devant Dieu.  Dans sa vie.  Avec une intelligence et une volonté tout en Dieu, on peut comprendre ce que doit être sa vie, conduite par ces deux facultés totalement soumises au divin dans le Verbe.  Jésus veut même en tant qu’homme, tout ce que Dieu se veut à lui-même.  Ce que les humains se veulent par nature pour eux-mêmes, comme on vient de le voir, Jésus le veut de tout son être humain pour Dieu.  Il cherche évidemment la gloire de Dieu, les louanges pour Dieu, les honneurs pour Dieu et des admirateurs pour Dieu.  Rien du tout pour lui-même en tant qu’homme.  C’est le contraire de ce que recherchent les hommes.  Son être humain est transformé en Dieu, divinisé complètement dans tout son être.  Comme l’orgueil vient de ce que l’on se complaît dans ses perfections ainsi l’humilité vient de ce que l’on se complaît dans les perfections divines.  Voilà le véritable oubli de soi.  Ce n’est qu’en Dieu qu’on peut s’effacer réellement.  C’est dans la contemplation des perfections divines que les nôtres s’effacent dans la même proportion.  Voilà l’humilité de Jésus en tant qu’homme.

résumé

L’humanité de Jésus a les mêmes sentiments sur terre qu’elle a maintenant au ciel dans la vision béatifique.  Puisque tout est ordonné par Dieu pour cette fin suprême, on sait que sa gloire exige que nous commencions à le pratiquer pendant que nous sommes sur terre avec notre liberté nécessaire au mérite et à la gloire de Dieu.  Au sein de la Trinité peut-on imaginer une intelligence créée imposant ses idées à Dieu, ou une volonté finie s’opposant à la volonté de Dieu?  Eh bien, voilà ce qu’il nous faut commencer sur terre par la grâce et dans la foi.  C’est l’anéantissement du moi païen que si peu de chrétiens ont commencé à attaquer.  Jésus dit à différents endroits que ses pensées viennent de son Père, qu’il ne fait que ce que son Père lui dit de faire, et que toutes ses actions sont faites par son Père, comme s’il n’était rien au point de vue humain.  C’est que son humanité est tellement unie à Dieu, fait si bien une seule chose avec Dieu, que c’est comme si elle disparaissait.  Mais non, elle n’est pas absorbée par la divinité elle garde son entité, mais son être est parfaitement soumis à Dieu.  C’est là la mort mystique dont parle St-Paul pour lui-même: «Ce n’est plus moi qui vit, c’est Jésus qui vit en moi.» A plus forte raison, l’humanité de Jésus pouvait dire cela.  Elle était si bien contrôlée par le divin, si pénétrée par lui que c’est comme si elle n’existait plus.  En Jésus donc, l’humanité est parfaitement soumise au divin, s’efface devant le divin, est perdue dans le divin, ne veut que le divin, enfin ne vit que pour le divin.  Elle est toute aux choses de Dieu.  Elle pratique à la perfection le premier commandement: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur… etc.» Voilà donc l’humanité de Jésus en tant qu’homme.  Elle imite la personne du Verbe qui s’est humiliée en venant s’unir à l’humanité, mais elle a dû se rapetisser.  L’infini qui devient une seule chose avec le fini.  Cela dépasse l’esprit humain.  L’immensité incréée qui se cache dans le corps mortel d’un homme!  Mais l’humilité du Verbe apparaît encore plus grande quand on songe qu’il s’unit à l’humanité pécheresse devenue l’esclave de Satan.  St-Paul peut bien dire que le Verbe s’est anéanti en prenant la forme de l’esclave et surtout en prenant les péchés de l’humanité à son compte comme s’il était le coupable!  Jamais nous ne pourrons assez approfondir cette humilité du Verbe en s’incarnant dans l’humanité pécheresse.  Comparons maintenant l’humilité de l’humanité de Jésus.  Elle s’efface non pas pour s’unir à quelqu’un de plus bas qu’elle, mais pour s’unir à son Créateur, à l’être suprême, à son Dieu.  Elle est élevée au rang divin en s’effaçant.  Elle monte au sommet de toute élévation possible… et l’on appelle cela de l’humilité?  Le Verbe s’est abaissé, ravalé au rang de l’homme pécheur; l’humanité de Jésus en s’oubliant ou en s’anéantissant, est exaltée au dessus de toute compréhension.  Le Verbe s’abandonne à l’homme pécheur, l’humanité de Jésus s’abandonne à son Dieu!  C’est de l’humilité sans doute, mais ce n’est qu’un pâle reflet de la véritable humiliation du Verbe dans l’Incarnation.  Pour mieux faire entrer cette doctrine du renoncement à soi-même, voici un autre argument d’une force incomparable.  Quand le Verbe s’est uni à notre humanité, il n’a pas voulu de la personnalité humaine; il ne voulait qu’une personne en lui et dans le composé avec l’humain.  Or on sait que notre sanctification n’est que l’Incarnation continuée dans les membres du corps mystique de Jésus.

La conséquence est que le Verbe ou Jésus, quand il s’unit à moi, ne veut pas plus de ma personne morale que pour son humanité.  Il ne veut pas de mon moi moral, il faut bien qu’il prenne ma personne physique.  C’est parce que je suis déjà une personne physique et réelle quand il vient a moi qu’il faut que je renonce à cette personne en autant que je le puis par ma volonté.  Donc ce n’est que ma personne morale que je dois mettre de côté.  Cela veut dire que je dois agir comme si je n’étais pas une personne.  Je ne dois plus être mon propre maître du tout, c’est Jésus qui doit me conduire, me diriger et me contrôler comme il le voudra.  Je dois lui céder toute la maîtrise sur mon activité de sorte qu’à l’avenir je m’abandonne à son bon plaisir comme un véritable esclave le fait entre les mains de son maître.  Je dois prendre mes pensées en Jésus, mes vouloirs en Jésus et toutes mes actions en Jésus de sorte que je devrais pouvoir dire comme St-Paul: Le Christ est ma vie!  Ou je suis mort, ce n’est plus moi qui vit, c’est Jésus qui vit en moi!  C’est en proportion que je ferai cela que j’imite l’humilité de l’humanité de Jésus.  Me perdre en Jésus pour le laisser contrôler et diriger toute mon activité libre, voilà mon renoncement à moi-même.  C’est de l’abaissement seulement au point de vue naturel, pour mon païen qui cesse d’exister, mais réellement c’est une exaltation ineffable jusqu’au rang des enfants de Dieu.  «Ceux-là sont enfants de Dieu qui se laissent conduire par le St-Esprit.» St-Paul, Rom.8-14.  Quel abîme d’aveuglement dans les hommes qui ne veulent pas s’humilier quand c’est pour être exalté au-dessus de toute compréhension et cela pour l’éternité!  Au lieu de tout puiser dans mes pauvres facultés si limitées, je vais puiser dans l’océan infini de l’activité divine!  Au lieu de suivre mon animalité pécheresse, je suis l’infinie pureté de Dieu!  Au lieu de me guider par mon esprit si borné, je me laisse guider par l’esprit Saint!  Quel dommage que nous appelions cette transformation en l’activité divine de l’humilité.  C’est comme si on disait à Baptiste qu’il est humilié en étant adopté par un roi puissant pour participer à la vie de la cour!  Parce qu’il quitte ses boeufs, sa vieille grange et ses haillons pour aller vivre au milieu d’une cour royale distinguée et avec les riches du royaume, on le plaindrait!  On dirait qu’il s’humilie!  Comme c’est faux en réalité.  Il est exalté au delà de tout ce qu’il pouvant espérer.  Eh bien!  c’est aussi sot pour nous de parler de notre humilité en s’effaçant devant la divinité, en s’abandonnant à l’activité divine C’est tout ce que Jésus demande quand il nous dit: «Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il prenne sa croix.  Comme Jésus est condescendant pour notre misérable païen; c’est lui seul qui trouve cela dur parce qu’il ne comprend rien aux choses de Dieu.  Mais notre âme éclairée par la foi devrait protester contre cette expression, comme Baptiste protesterait si on le plaignait de s’humilier jusqu’à aller vivre à la cour du roi.

Nous renonçons à notre païen, à notre animal, à notre aveugle personnalité, pour nous exercer tout de suite à la vie que nous mènerons au ciel dans le sein de la Trinité… et nous appelons cela un abaissement, du renoncement, de l’humilité???  Et dire que c’est justement ce que la plupart des chrétiens refusent à Dieu.  Ils se préfèrent à Dieu!  Où sont donc les prêtres, la lumière que Jésus a choisie pour éclairer le monde?  Ou sont donc les docteurs en Israël pour prêcher et enseigner une matière si claire, si avantageuse pour nous tous?  Où sont les religieux qui ont fait des voeux pour chercher une plus grande perfection par des moyens plus parfaits en soi?  Si quelqu’un devait prêcher ce renoncement à soi, c’est bien les religieux!  Que font-ils?  Où sont-ils?  Mais la masse des hommes ignorent cette doctrine céleste, ils n’ont entendu que les mots, mais la chose leur est absolument inconnue.  Oh!  la maudite philosophie du clergé, quel mal incommensurable elle fait dans l’Eglise de Dieu!  Les deux amours qui sont un obstacle infranchissable à l’amour de Dieu, elle les laisse aux hommes, l’amour des créatures et l’amour de soi.  Jésus détruit le premier par sa pauvreté, le deuxième par son humilité.  Or, n’a-t-il pas dit que nous devons tous faire une seule chose avec lui?  Donc nous tous et chacun en particulier doit lutter contre l’amour des créatures par la pratique de la pauvreté réelle en autant que possible et contre l’amour de soi par le renoncement ou l’humilité telle qu’expliquée ici.  Quand aurons-nous des théologiens assez courageux, assez surnaturels pour être prêts à subir toute une persécution exactement comme Jésus de la part des pharisiens?  Tous nos philosophes sont de véritables pharisiens dans toute la force du mot; ils n’attendent qu’un autre Christ pour le persécuter comme le premier.  Ce n’est qu’alors que le peuple a des chances d’entendre la doctrine de Jésus contre ces deux amours que les prêtres philosophes du monde entier protègent comme les démons eux-mêmes les protègent.  Tant que le coeur humain est plein de ces deux amours, l’amour de Dieu n’a pas de place dans l’hôtellerie de l’homme!  Qu’il s’en aille à l’étable!  Pas un prêtre philosophe ira l’adorer là!  Mais dès que des sages éclairés par la foi voudront le manifester au monde, ils se lèveront tous comme des Hérodes et des pharisiens pour le persécuter et le tuer.  Comme Jésus n’est pas connu des prêtres!… Pourquoi intituler la méditation: l’humilité de Jésus, si je ne parle que de renoncement?  C’est que cette humilité toute intérieure ne se manifeste à nous que par le renoncement à nos deux amours naturels.  Je renoncerai aux plaisirs des créatures en proportion que je voudrai et que j’aurai déjà l’amour de Dieu; de même, je renoncerai à mon amour-propre dans la mesure que j’aurai l’amour de Dieu.  Or pour aimer Dieu, il faut renoncer à son activité naturelle et dans le corps et dans l’âme.  Voyons donc en quoi va consister notre humilité et notre renoncement.  notre humilité.

D’abord elle n’est possible qu’à la lumière divine.  Jamais on ne devient plus humble en considérant simplement des hommes comme nous.  Ce n’est que lorsque nous nous comparons à Dieu qui semble insignifiant et que notre estime pour lui tombe.  C’est donc en proportion que nous jugerons tout selon la lumière de la foi que nous avons des chances de devenir humbles.  Comme la lumière d’une bougie s’efface devant la lumière du soleil, ainsi ma raison s’efface devant la lumière divine de la foi.  Il en est ainsi pour toutes les créatures devant leur Créateur.  Or la foi nous enseigne que Jésus veut s’unir à nous comme il s’est uni à son humanité.  Or son humanité s’est effacée complètement pour tout ce qui vient de la personne et qui lui appartient.  Donc toute son activité libre et intellectuelle s’est laissée guider et absorber complètement par le divin du Verbe correspondant.  Eh bien!  tout chrétien qui connaît tant soit peu ce que c’est que notre union avec Jésus doit faire de même; aller chercher toutes ses idées dans le Verbe, tous ses vouloirs en Jésus et conformer toutes ses actions à celles de Jésus; plus que cela, il faut qu’elles soient faites pour Jésus, en Jésus et par Jésus, exactement comme toute notre activité céleste nous viendra de Dieu tout en gardant notre propre entité physique.  C’est tellement contraire à notre façon d’agir qu’il faut donner des exemples pour le bien comprendre.  Voici comment Dieu attaque nos trois foyers d’activité païenne: l’intelligence, la volonté et la vie ou tout notre être.  Il attaque notre intelligence par les vérités de la foi et ses mystères.  Notre raison doit les accepter, quelque difficiles qu’elles soient pour elle.  Par exemple, la doctrine du corps mystique qui enseigne que nous sommes les membres de Jésus et que nous devons nous traiter et traiter les autres comme de véritables Christs!  «Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous le faites.» Qu’on ne se contente pas seulement d’admettre cette vérité révélée de tête uniquement; il n’y a pas grand renoncement là.  Mais il faut la vivre tout de suite.  Votre voisine qui vous a dit des injures ce matin c’est Jésus en personne… pas dans le mal qu’elle a fait, mais dans sa personne.  Vous devez l’aimer et lui faire du bien!  Comme cela est contraire au jugement et à la volonté.  Faiteslui un de vos plus beaux saluts dès que vous la rencontrerez!  et tâchez de lui envoyer un beau gâteau en récompense de ce qu’elle vous a dit!  Comme il faut être plein de Dieu pour ne voir que Dieu en elle!  Absolument tous les chrétiens devraient savoir cela et agir ainsi!  Voilà du renoncement pas pour une élite, mais pour tout chrétien qui aspire au ciel.  Où sont les fidèles qui pourraient agir de la sorte?  où sont les prêtres et les fidèles qui pourraient agir de la sorte?  Où sont les prêtres et les religieux qui seraient capables de le faire?  Où sont ceux qui l’ont enseigné d’une façon systématique et qui l’exigent des fidèles?  Voici un champ extraordinaire d’humilité et de renoncement pour nous tous sans exception.  Dieu fait exprès pour nous demander des sottises afin de nous faire «semer» notre jugement.  «Dieu a choisi ce qui est insensé selon le monde pour confondre les sages.» Les inférieurs en font souvent à leurs supérieurs, les égaux à leurs égaux.  Mais dans ces deux cas nous pouvons souvent les refuser, les éviter en les envoyant promener, ces gens qui ne sont pas plus que nous. 

Mais Dieu se sert souvent des supérieurs pour nous imposer les sottises qu’il exige de nous.  Venant de ceux à qui nous sommes tenus d’obéir, nous sommes bien obligés de les accepter, au moins c’est notre devoir devant Dieu.  Comme il a demandé une sottise à Abraham et une impossibilité physique à la Ste-Vierge, ne soyons pas surpris qu’il nous demande des sottises par nos supérieurs.  J’ai déjà expliqué dans la méditation sur l’obéissance comment Dieu peut faire tout cela sans préjudice pour la réputation des supérieurs ou pour leur mérite.  C’est tout simplement parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.  Les inférieurs seuls s’en aperçoivent!…

Voilà pourquoi Dieu nous a entourés de tant de gens antipodes de nous et donc que nous trouvons plus ou moins fous.  A quoi bon passer notre vie à numéroter ces imbéciles ou cataloguer leurs sottises?  Dieu les met sur notre chemin pour nous donner l’occasion de renoncer à notre jugement et nous donner des exercices de foi.  On est obligé de se dire: c’est Dieu qui me contrarie par son instrument aveugle qui est là dans ma vie.  Il est bête, il est têtu, on dirait qu’il le fait exprès pour me contrarier et ces imbéciles ne sont que des instruments aveugles dans ses mains.  Comme il faut d’humilité pour le voir et surtout pour le pratiquer, pour être affable à notre foi, bon pour l’instrument de Dieu!  Le matériel qu’il gaspille, peut-être, nous a été donné par Dieu et comme nous étions trop païens pour le semer afin de récolter du divin, il le fait faire par un homme qu’on trouve bien fou, mais qui est l’instrument intelligent pour nous faire donner du divin.  Avec notre grand esprit nous restions avec ces biens purement matériels et caduques; avec notre fou nous devenons héritiers des biens éternels au ciel!  Où est la sagesse réelle?… avec notre fou qui ne l’est que parce qu’il nous enlève du naturel que nous aurions dû être assez intelligents pour semer afin de récolter le céleste. 


Comme cela est dur de pratiquer cette doctrine!  Tous les chrétiens devraient s’y exercer constamment.  Mais qui le fait?  Qui leur a jamais dit?  Qui leur a jamais expliqué cette humilité et ce renoncement de Jésus?  Jamais de la vie on verra un prêtre-philosophe le faire.  Lui n’attaque que le péché.  Il ne voit pas plus loin … La volonté.  Ce que je dis de l’intelligence s’applique à la volonté puisque c’est la même épreuve pour elle.  Si je trouve une chose sotte, il est évident que je ne la veux pas.  S’il faut que je la subisse, ma volonté est obligée de se renoncer et de s’humilier.  Le corps.  Toutes les souffrances dans le corps et dans l’âme répugnent à la nature humaine; c’est justement pour cela que Dieu les envoie afin de nous faire renoncer à notre être.  Voici un résumé des contrariétés qui nous viennent de Dieu pour nous faire renoncer à notre personnalité morale.  résumé Contre l’intelligence, les sottises de tout le monde.  Contre la volonté, les mépris, la haine, les injustices.  Contre l’être, les cruautés de toutes sortes, les maladies, les infirmités, etc.  Ce sont les trois choses qui remplissent le calice de Jésus selon les Apôtres.  Le diable avait préparé tout cela, mais une fois fait, Jésus dit à Pierre: Est-ce que je ne dois pas boire le calice que mon père m’a préparé?  C’est à ce calice que nous devons tous participer pour avoir part aux jouissances célestes en Jésus et par Jésus.

dimanche 29 octobre 2017

Cardinal Pie - Jésus-Christ est roi



Extrait du « Discours pour la solennité de la réception des reliques de saint Émilien, évêque de Nantes, prononcé dans l’église cathédrale de Nantes, le 8 novembre 1859 »

Jésus-Christ est roi, N. T. C. F.; il est roi non seulement du ciel, mais encore de la terre, et il lui appartient d’exercer une véritable et suprême royauté sur les sociétés humaines : c’est un point incontestable de la doctrine chrétienne. Ce point, il est utile et nécessaire de le rappeler en ce siècle. On veut bien de Jésus-Christ rédempteur, de Jésus-Christ sauveur, de Jésus-Christ prêtre, c’est-à-dire sacrificateur et sanctificateur ; mais, de Jésus-Christ roi, on s’en épouvante ; on y soupçonne quelque empiétement, quelque usurpation de puissance, quelque confusion d’attributions et de compétence. Établissons donc rapidement cette doctrine, déterminons-en le sens et la portée, et comprenons quelques-uns des devoirs qu’elle nous impose dans le temps où nous vivons.

Jésus-Christ est roi ; il n’est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne lui assure sa qualité et ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs : Ubi est qui natus est, rex Judæorum  [i]? Jésus est à la veille de mourir : Pilate lui demande : Vous êtes donc roi : Ergo rex es tu [ii]? Vous l’avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d’autorité, que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle[iii]. « Écrivez donc, s’écrie Bossuet, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n’entendez pas le mystère. Quoi que l’on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu’ils sont en exécution d’un arrêt immuable du Tout Puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des doctes et des philosophes, et en la langue romaine, qui est la langue de l’empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses ; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts ; et vous, Romains, maîtres de la terre ; venez lire cet admirable écriteau : fléchissez le genou devant votre Roi »[iv].

Elle date de loin, mes Frères, et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité ; par conséquent, en entrant dans ce monde, il apportait avec lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu’homme, a conquis sa royauté à la sueur de son front, au prix de tout son sang. « Le Christ, dit saint Paul, est mort et il est ressuscité à cette fin d’acquérir l’empire sur les morts et sur les vivants : In hoc Christus mortuus est et resurrexit, ut et mortuorum et vivorum dominetur »[v]. Aussi le grand apôtre fonde-t-il sur un même texte le mystère de la résurrection et le titre de l’investiture royale du Christ : « Le Seigneur a ressuscité Jésus, ainsi qu’il est écrit au psaume second : Vous êtes mon Fils ; je vous ai engendré aujourd’hui »[vi]. Ce qui veut dire : De toute éternité, je vous avais engendré de mon propre sein ; dans la plénitude des temps, je vous ai engendré du sein de la Vierge votre mère ; aujourd’hui je vous engendre en vous retirant du sépulcre, et c’est une nouvelle naissance que vous tenez encore de moi. Premier-né d’entre les vivants, j’ai voulu que vous fussiez aussi le premier-né d’entre les morts, afin que vous teniez partout la première place : Primogenitus ex mortuis, ut sit in omnibus ipse primatum tenens[vii]. Vous êtes donc mon Fils ; vous l’êtes à tous les titres puisque je vous ai triplement enfanté, de mon sein, du sein de la Vierge, et du sein de la tombe. Or, à tous ces titres, je veux que vous partagiez ma souveraineté, je veux que vous y participiez désormais comme homme, de même que vous y avez éternellement participé comme Dieu. « Demandez donc, et je vous donnerai les nations pour héritage, et j’étendrai vos possessions jusqu’aux extrémités de la terre »[viii].

Et Jésus-Christ a demandé, et son Père lui a donné, et toutes choses lui ont été livrées[ix]. Dieu l’a fait tête et chef de toutes choses, dit saint Paul[x], et de toutes choses sans exception : In eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non subjectum[xi]. Son royaume assurément n’est pas de ce monde, c’est-à-dire, ne provient pas de ce monde : Regnum meum non est de hoc mundo ; non est ex hoc mundo[xii] ; et c’est parce qu’il vient d’en haut, et non d’en bas : regnum meum non est hinc[xiii], qu’aucune main terrestre ne pourra le lui arracher[xiv]. Entendez les derniers mots qu’il adresse à ses apôtres avant de remonter au ciel : « Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, et enseignez toutes les nations »[xv]. Remarquez, mes Frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement : Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les mourants, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu’il leur confère comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela : elle a un caractère public, un caractère social. Et, comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie ses apôtres et son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs, pour enseigner à tous sa doctrine et sa loi. Leur devoir, comme celui de Paul, est de « porter le nom de Jésus-Christ devant les nations, et les rois, et les fils d’Israël : Ut portet nomen meum coram gentibus, et regibus, et fuis Israel »[xvi].

Mais je vois venir l’objection triviale, et j’entends élever contre ma doctrine une accusation aujourd’hui à la mode. La thèse que vous développez, me crie-t-on, c’est celle de la théocratie toute pure. La réponse est facile, et je la formule ainsi : « Non, Jésus-Christ n’est pas venu fonder la théocratie sur la terre, puisqu’au contraire il est venu mettre fin au régime plus ou moins théocratique qui faisait toujours le fond du mosaïsme, encore que ce régime eût été notablement modifié par la substitution des rois aux anciens juges d’Israël ». Mais, pour que cette réponse soit comprise de nos contradicteurs, il faut, avant tout, que le mot même dont il s’agit soit défini : la polémique exploite trop souvent avec succès, auprès des hommes de notre temps, des locutions dont le sens est indéterminé.

Qu’est-ce donc que la théocratie ? La théocratie, c’est le gouvernement temporel d’une société humaine par une loi politique divinement révélée et par une autorité politique surnaturellement constituée.

Or, cela étant, comme Jésus-Christ n’a point imposé de code politique aux nations chrétiennes, et comme il ne s’est pas chargé de désigner lui-même les juges et les rois des peuples de la nouvelle alliance, il en résulte que le christianisme n’offre pas trace de théocratie. L’Église, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais, nonobstant cette consécration des pouvoirs humains par l’Église, je le répète, il n’y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l’autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion, cette autorité n’a rien de théocratique, puisqu’elle ne s’exerce pas en vertu du caractère sacré, ni conformément à un code inspiré. Trêve donc, par égard pour la langue française et pour les notions les plus élémentaires du droit, trêve à cette accusation de théocratie qui se retournerait en accusation d’ignorance contre ceux qui persisteraient à la répéter.

Le contradicteur insiste, et il me dit : Laissons la question de mots. Toujours est-il que, dans votre doctrine, l’autorité temporelle ne peut pas secouer le joug de l’orthodoxie ; elle reste forcément subordonnée aux principes de la religion révélée, ainsi qu’à l’autorité doctrinale et morale de l’Église ; or, c’est là ce que nous appelons le régime théocratique.

Nous appelons, au contraire, régime laïque ou régime sécularisé, celui qui peut s’affranchir à son gré de ces entraves, et qui ne relève que de lui-même.

L’aveu est précieux, M. T. C. F. C’est-à-dire que la société moderne n’entend plus reconnaître pour ses rois et pour ses princes que « ceux qui ont pris les armes et qui se sont ligués contre Dieu et contre son Christ », que ceux qui ont dit hautement : « Brisons leurs liens et jetons leur joug loin de nous »[xvii]. C’est-à-dire qu’il faut supprimer la notion séculaire de l’État chrétien, de la loi chrétienne, du prince chrétien, notion si magnifiquement posée dès les premiers âges du christianisme, et spécialement par saint Augustin[xviii]. C’est-à-dire encore que, sous prétexte d’échapper à la théocratie imaginaire de l’Église, il faut acclamer une autre théocratie aussi absolue qu’elle est illégitime, la théocratie de César chef et arbitre de la religion, oracle suprême de la doctrine et du droit : théocratie renouvelée des païens, et plus ou moins réalisée déjà dans le schisme et dans l’hérésie, en attendant qu’elle ait son plein avènement dans le règne du peuple grand-prêtre et de l’État-Dieu, que rêve la logique implacable du socialisme. C’est-à-dire, enfin, que la philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l’ordre pratique, qu’elle est constituée la reine du monde, et qu’elle a donné le jour à la politique sans Dieu. La politique ainsi sécularisée, elle a un nom dans l’Évangile : on l’y appelle : « le prince de ce monde[xix], le prince de ce siècle »[xx], ou bien encore « la puissance du mal, la puissance de la Bête » [xxi]; et cette puissance a reçu un nom aussi dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis soixante-dix ans a retenti d’un pôle à l’autre : elle s’appelle la Révolution.




[i] Matth. II-2
[ii] Joann XVIII-37
[iii] Joann XIX-19/22
[iv] Bossuet, 1er discours pour la Circoncision. Édit. Lebel, T. XI p. 467
[v] Rom. XIV-9
[vi] Act. XIII-33
[vii] Coloss. I-18
[viii] Ps. II-8
[ix] Luc X-22
[x] Ephes. I-22 - Coloss. II-10
[xi] Hebr. II-18
[xii] Joann XVIII-36
[xiii] Ibid.
[xiv] Monuit Pilatum ipse Christus Dominus regnum suum non esse ex hoc mundo, hoc est, minime ex hoc mundo, qui et conditus est et interiturus, ortum habere ; nam eo modo dominantur imperatores, reges, reipublicæ duces, omnesque ii qui, vel expetiti ac delecti ab hominibus, presunt civitatibus atque provinciis, vel per vim et injuriam dominatum occupaverunt. Catech. Concil. Trid., P. IV c. XI n° 15
[xv] Matth. XXVIII-18/19
[xvi] Act. IX-15
[xvii] Ps. II-2/3
[xviii] Aug. De civit. Dei, L. V, c. 21. - Epist. 185 ad Bonif., c. V n. 19. « Quod enim dieunt... non petiisse a regibus terræ apostolos talia, non considerant aliud fuisse tunc tempus, et omnia suis temporibus agi, etc... In hoc ergo serviunt Domino reges, in quantum sunt rege, cum ea faciunt ad serviendum illi, quæ non possunt facere nisi reges ».
[xix] Joann XII-31 – XIV-30
[xx] I Cor. II-6/8
[xxi] Apoc. IX-10 – XIII-4

jeudi 26 octobre 2017

Père Onésime Lacouture - 2-23 - La pauvreté de Jésus


VINGT-DEUXIÈME INSTRUCTION
LA PAUVRETÉ DE JÉSUS.

«Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.» Mt.  8-19 «Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur.»
Mt.11-29
Plan Remarque (En pratique.  La pauvreté de Jésus: (En doctrine.  (Dans ses disciples.  (Préserve du péché.  Avantage pour nous: (Exerce les vertus.  (Favorise l’amour de Dieu.
REMARQUE  Jésus ne vient pas seulement nous racheter, mais il vient aussi réformer notre vie, guérir nos blessures, enlever les causes du péché et nous indiquer les moyens de pratiquer les vertus surnaturelles.  Pour mieux comprendre l’orientation de sa vie si contraire à la sagesse humaine, il faut vous rappeler que, indépendamment de la chute, nous naissons tous avec deux amours très forts et bien naturels qui sont un obstacle à l’amour de Dieu qu’il exige pour nous donner son ciel.  Le premier est l’amour des créatures et l’autre l’amour de soi-même ou ce qu’on appelle l’amour-propre.  Si nous étions destinés aux limbes nous pourrions garder ces deux amours qui sont bons et naturels.  Mais parce que nous sommes appelés non seulement au ciel, mais à la participation à la vie intime de la Trinité par Jésus-Christ, ces deux amours n’ont plus leur raison d’être dans notre fin dernière.  Au ciel, toute notre capacité d’aimer sera concentrée uniquement sur Dieu: les créatures terrestres auront disparu et notre amour-propre aussi, puisque nous serons complètement transformés en êtres divins.  Dieu sera tout pour nous et ce n’est que lui que nous aimerons dans les élus et en nous-mêmes.
Eh bien!  nous savons que nous devons commencer sur terre la même vie qu’au ciel par la grâce et dans la foi en autant que notre condition terrestre nous le permet.  Donc il nous faut lutter constamment contre ces deux amours naturels pour faire la place à l’amour de Dieu.  La question de péché n’entre pas dans cette lutte.  Nous serions purs comme on peut l’être en ce monde, comme avant le péché originel, que nous devrions nous débarrasser de ces deux amours qui ne sont que naturels pour donner notre amour tout entier à Dieu seul selon le premier commandement.
Jésus en tant qu’homme a pratiqué à la perfection le mépris des choses créées et le mépris de lui-même, par la pauvreté et par l’humilité.  Comme il est Dieu il le fait avec la plus grande perfection possible.  Nous aussi quelque purs que nous soyons de tout péché, nous devons donner à Dieu absolument toute notre capacité d’aimer.  Or, nous naissons avec ces deux amours extrêmement forts et qui nous tiennent dans toutes les fibres de notre être.  Et l’amour de Dieu n’entrera qu’en proportion que l’on rejettera ces deux amours innés, qui ne sont pas du tout péché, mais simplement qui accaparent notre coeur qui doit être tout à Dieu.  On voit tout de suite pourquoi les démons même poussent tant les prêtres à attaquer les péchés: pendant ce temps-là ils ne prêchent pas contre ces deux amours qui empêchent l’amour de Dieu en nous.  Dans cette première partie nous allons voir comment Jésus combat l’amour des choses créées par sa pauvreté qui se trouve à être le mépris concret et pratique des créatures.  la pauvreté de jésus.  Nous ne devons pas nous arrêter simplement à sa pratique de la pauvreté, mais remonter aux motifs qu’il a de la pratiquer.  Notre clergé philosophe et tous ceux qu’il a formé à son école ont du chemin à parcourir pour se faire une idée de cette vertu en Jésus.  Ils sont saturés de ce principe que nous n’avons que le péché à rejeter et que tout le reste est bon «en soi», peut être gardé, y compris évidemment l’amour des créatures et de soi-même.  Comme la lutte à ces deux amours naturels n’est jamais entrée dans leur tête selon leur philosophie, ils ne peuvent pas comprendre la pauvreté de Jésus ni l’estimer.  Aussi ils n’ont l’intention ni de la pratiquer ni de la prêcher.  Ils la regardent comme une sainte exagération en Jésus… comme il y en a bien d’autres!  Pour eux, ils règlent tout avec leur «en soi».  «En soi» il n’y a pas de mal à se procurer un riche fauteuil, une très belle automobile, etc.  et ils se meublent des maisons comme des richards.  Comment ces prêtres saisiraient-ils l’esprit de Jésus dans la pratique de la pauvreté?  Tandis que lorsqu’on prend le point de vue théologique, ou que l’on considère la pauvreté par rapport à Dieu, tout change d’aspect.  Dieu ne met pas son amour dans les échantillons ni son bonheur.  Or nous sommes destinés à participer à l’esprit de Dieu et à son amour.  Au ciel nous jetterons tout notre esprit dans les perfections divines et tout notre coeur pour les aimer.  Donc la pauvreté sur terre est justement la conséquence logique de cet amour de Dieu au ciel.  C’est le ciel commencé sur terre: C’est arracher son esprit aux échantillons pour le jeter dans la source infinie des échantillons; c’est arracher son coeur au catalogue des richesses divines pour le donner tout aux trésors infinis des perfections divines!  Comme elle devient autrement attrayante, autrement facile avec ces motifs surnaturels dans la volonté!  Voilà donc ce que Jésus va pratiquer avec la dernière perfection.  Il veut nous donner l’exemple d’une vie céleste sur terre et de l’amour de Dieu pratique par un mépris souverain de ses rivales à notre affection, les créatures.  Surtout quand on songe que nous n’avons que quelques années sur terre pour souffrir la pauvreté; car notre païen regimbe toujours plus ou moins dans ces privations que nous nous imposons pour l’amour de Dieu.  Plus nous fixons les yeux sur les richesses célestes que nous nous achetons par la pauvreté, plus elle devient facile et aimable.  Moins nous sommes contaminés par les philosophes et plus nous comprenons l’esprit de Jésus dans la pratique de la pauvreté.
Il aurait bien pu avoir un beau palais pour vivre et des serviteurs sans pécher!  Il aurait pu jouir d’une foule de plaisirs sans aucun péché.  Voilà ce que nos philosophes donnent au monde.  Ce n’est pas du tout ce que Jésus a prêché ou pratiqué.  Ils sont donc de travers avec Jésus.  Mais avec leur esprit païen ils sont incapables de voir même leur erreur.  Que Dieu les éclaire et qu’il nous préserve de tomber dans un pareil aveuglement.
Pendant cette méditation prions le St-Esprit qui est l’amour divin de nous éclairer par ses dons afin que nous le suivions parfaitement dans l’imitation de la pauvreté de Jésus.  C’est en vue de la pratiquer que nous la méditons.  Car l’amour de Dieu ne se donne pas à la tête, mais au coeur de chair et vivant de l’homme.
Sa pratique.  Jésus n’est pas du tout philosophe comme la plupart des prêtres le sont.  Il ne se contente pas de mots ni des vertus abstraites «in se».  Il vit dans le concret sa sainteté.  Ce n’est pas lui qui donnerait une conférence sur la pauvreté «en soi»!  Il vit sa conférence dans la pratique réelle de la pauvreté.  Si elle est une bonne chose elle vaut la peine d’être vécue et il la vit… et non pas à certaines occasions ou époques de sa vie, mais dès son arrivée en ce monde jusqu’à sa mort; personne ne sera plus pauvre que lui.  Les hommes naissent dans des maisons, mais Jésus naît dans une étable et on le couche dans une mangeoire sur de la paille.  Comme il vient pour sauver les hommes qui sont descendus au rang des bêtes, il s’abaisse jusqu’à eux pour les élever jusqu’à lui.  Le Ps.  48, 21, dit: «L’homme même dans sa splendeur ne comprend pas; il est semblable aux bêtes qui périssent.» Et St-Paul dit que l’homme animal ne comprend pas les choses de Dieu.  Aussi on parquait souvent les esclaves dans les granges et dans les étables avec les animaux; or Jésus s’est fait esclave pour nous racheter et il est traité comme tel.  Il est bien certain que ce n’est pas par nécessité qu’il naît ainsi, mais par choix.  Il aurait pu avoir une maison et le plus beau palais du monde s’il avait voulu.  Il choisit cette pauvreté librement et par amour de Dieu et de nous.  Il va montrer dès son apparition en ce monde qu’il méprise souverainement tous ces échantillons par rapport aux perfections divines.
Pour le premier homme Dieu créa un beau paradis terrestre avec tout le confort possible, comment se fait-il que pour son Fils unique il ne lui prépare rien du tout et l’abandonne comme un exilé?  C’est ce qu’est l’homme de fait; à cause de son péché il est chassé de sa belle demeure que Dieu lui avait préparée.  Il faut que Jésus vive ce châtiment puisqu’il est venu satisfaire son Père en expiant le péché de l’homme.  Adam a péché pour l’amour d’une créature qu’il a préféré à Dieu, Jésus va préférer Dieu à toutes les créatures sans exception.  Il va montrer aux hommes ce qu’ils doivent aimer; Dieu, et ce qu’ils doivent mépriser: les créatures rivales de Dieu à l’affection de l’homme.  A peine né, il est exilé en Egypte où il vit dans la plus grande pauvreté.  J’ai vu à Matarich où la tradition place son séjour; peu importe que ce soit exactement l’endroit, il représente bien la pauvreté du pays.  Quelques petites maisons faites de terre cuite au soleil, sans plancher, sans meubles, ni tables, ni chaises, où l’on couche sur des nattes à terre, où l’on mange à terre.  Les gens sont pauvrement habillés et gagnent juste assez pour ne pas mourir de faim.  Qu’est-ce que cela devait être il y a 19 siècles?  A Nazareth, pendant une trentaine d’années, Jésus aide St-Joseph à gagner la vie de la sainte Famille par le métier de charpentier.  Or il n’y a presque rien en bois dans ce pays.  Des manches de hache, de marteaux, des jougs et des charrettes, et tout cela à des prix ridicules.  Il devait travailler longtemps pour gagner sa vie.  Il exécutait la sentence de Dieu: «Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front.» Il est certain qu’il le fit parfaitement et à la lettre.  Pendant sa vie publique, il n’a rien à lui, comme il le dit au scribe qui veut le suivre: «Les renards ont leurs tanières et les oiseaux leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.» Ses disciples quêtent leur nourriture et celle de Jésus; parfois ils glanent les épis de blé laissés sur le champ et même se passent de repas.  Ils vivent comme les oiseaux du ciel aux dépens de la Providence.  Il insinue clairement à ceux qui le suivent qu’ils doivent suivre la pauvreté.  A tous il dit: Si quelqu’un ne renonce pas à tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple.  C’est donc que lui-même a renoncé à tout au monde; il veut que ses amis soient comme lui.  Dans sa passion il perd même le peu qu’il avait; ses amis, sa réputation, son honneur, son oeuvre et jusqu’à ses vêtements et il meurt nu comme il était né.  On ne peut pas pousser la pauvreté plus loin.  Voilà donc comment Jésus a pratiqué la pauvreté réelle dans toute la force du mot.  Il ne l’a pas simplement admirée de loin ou ne l’a pas simplement prêchée, mais il l’a vécue dans toute sa dure réalité.  Comme il a cassé l’amour naturel pour les créatures dans son humanité, n’oublions pas qu’il nous faut jeter dehors l’amour pour les échantillons si nous voulons avoir l’amour de Dieu; les deux ne vont pas du tout ensemble.  On ne peut pas aimer Dieu et le monde, nous dit Jésus.  Il a aimé Dieu, donc il a méprisé le monde avec tout ce qu’il renferme.
Pour nous, la pauvreté de Jésus comme pour lui doit être une vie, pas une simple admiration.  Il faut être une seule chose avec Jésus, pas seulement dire qu’on l’est.  Le signe qu’on vit le plan divin sera quand on manque d’une chose utile et même nécessaire et que l’on trouve cela normal, qu’on ne se plaint pas et même que l’on remercie Dieu de cette faveur divine d’avoir une occasion de devenir riche pour le ciel.  C’est le propre de la pauvreté de manquer de l’utile et même du nécessaire.  C’est pour nous la faire pratiquer que Dieu permet que même chez les gens à l’aise, par oubli de quelqu’un, il manque des choses dans la maison, eh bien, comme chrétiens, sachons les accepter en esprit de foi et en union avec la pauvreté de Jésus.  Pour être pratique n’attendons pas que le bon Dieu nous dépouille, mais allons de l’avant; dépouillonsnous; le mieux est de commencer doucement; on donne un objet de trop, par exemple, on a plusieurs plumes à écrire, donnons-en une, puis goûtons un peu ce sacrifice.  Puis quand on a digéré celui-là, qu’on en fasse un autre, et ainsi de suite.  La grâce du premier sacrifice nous aidera à faire le deuxième et celle du deuxième à faire le troisième et ainsi de suite pour les autres.  Défions-nous de la tentation ordinaire du démon; il va dire: tu vas donner absolument tout ce que tu as?  Il nous montre le dénuement extrême pour nous faire peur.  On n’a qu’à lui répondre que ce n’est pas de ses affaires!  que vous donnerez ce que vous voudrez au jour le jour.  Si on est troublé en donnant, eh bien, on arrête et l’on attend la grâce pour le faire avec calme et contentement.  Qu’on ne se laisse pas prendre par ce trouble.  Un cultivateur ne sème pas la première année pour toute sa vie!  Il sème une année et il s’arrête!  Puis il sème une autre fois et il s’arrête!  Eh bien, faisons de même pour nous dépouiller; faisons ce que nous pouvons avec joie pour l’amour de Dieu, puis plus tard, pas à la fin de la vie, mais quand on sera calme et qu’on aura la force de faire d’autres sacrifices, faisons-les alors!  C’est un art comme un autre, on apprend par l’exercice.  Ce qui paraît une montagne au début devient facile avec l’exercice.  Surtout avec les grâces que Dieu donne, on vient à aimer à faire l’aumône, à savoir comment la faire avec le plus grand avantage pour les pauvres et pour la gloire de Dieu.  Que de choses dont on pourrait se passer si on aimait Dieu et les pauvres!  Combien ont des gardes-robes remplies de linge que les mites mangent et qui feraient tant de bien aux membres souffrants de Jésus!  Que de nourriture parfois jetée dont les pauvres se rassasieraient avec plaisir!  Que d’argent gaspillé au jeu qui ferait vivre bien des pauvres!  Que chacun y voit!
Sa doctrine évidemment est l’écho de sa vie; il prêche ce qu’il a pratiqué d’abord.  Sa prédication est pénétrée de l’idée de la pauvreté, il enseigne de toutes les façons possibles le détachement des biens de la terre.  Autant il veut nous donner l’amour de Dieu, autant il faut qu’il nous enlève l’amour des créatures.  Or on sait combien il tient à ce que nous aimions Dieu de tout notre coeur comme le demande le premier commandement.  La contre-partie est le détachement des biens de ce monde; voilà pourquoi il insiste tant sur le mépris réel des choses de la terre.
Les Pères disent que le sermon sur la montagne contient la charte du christianisme.  Eh bien, Jésus commence par la pauvreté: «Bienheureux les pauvres d’esprit, car le royaume des cieux est à eux»; s’ils rejettent l’amour des choses créées, ils auront l’amour de Dieu et c’est là le royaume de Dieu.  Là aussi il veut que nous n’ayons aucun souci pour les besoins futurs ou même du lendemain, nous abandonner entièrement à Dieu.  Pour pratiquer esprit d’abandon, il faut être complètement détaché des biens de ce monde.  La parabole de la perle précieuse et celle du trésor caché enseignent à donner tous ses biens pour se procurer le ciel et donc elles veulent que nous pratiquions la pauvreté autant que possible.  Une foule nombreuse marchait avec Jésus; il se retourne et leur dit: «Si quelqu’un vient après moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple.  Il veut dire ceci: Comme tout notre amour de volonté doit aller à Dieu, il n’en reste plus pour ses parents.  Si on les aime il faut que ce soit en Dieu et pour Dieu et dans ce cas c’est Dieu qu’on aime en eux et alors cet amour n’est pas rival de notre amour pour Dieu.
Cet amour pour les parents est physique, dans le sang et dans la nature; nous ne pouvons pas nous en défaire; il ne vaut rien, ni pour, ni contre Dieu.  Mais ce qu’il ne veut plus c’est que nous agissions selon cet amour.  Un chrétien doit tout faire pour Dieu seul dans l’ordre de sa volonté libre.  Alors s’il ne suit pas les tendances naturelles vers ses parents, c’est comme s’il les haïssait de fait.  Car en amour faire quelque chose pour plaire à un autre insulte, même quand cette chose est bonne de sa nature.  C’est pour cela que Dieu ne veut pas du tout que nous fassions une seule chose pour l’amour d’un autre.  Jésus ajoute: «Car qui d’entre vous, voulant bâtir une tour, ne suppute auparavant à loisir la dépense nécessaire pour savoir s’il aura de quoi l’achever, de peur que lorsqu’il aura jeté les fondements et qu’il ne pourra l’achever, tous ceux qui le voient ne commencent à se moquer de lui en disant: cet homme a commencé à bâtir mais il n’a pas achevé.» Ainsi ce qu’est l’argent pour construire, la pauvreté l’est pour construire sa tour spirituelle ou sa sainteté.  C’est comme Jésus le dit souvent: on achète le divin avec de l’humain, du céleste avec du terrestre.  Donc à mesure que la sainteté augmente, la pauvreté doit aussi augmenter.  En d’autres termes, on augmente en amour de Dieu en proportion qu’on se détache des créatures ou qu’on se dépouille d’elles.  St-Paul dit que Jésus s’est fait pauvre, de riche qu’il était afin de nous enrichir par sa pauvreté.  C’est dire que Jésus s’est dépouillé de tout ce qu’il avait ou pouvait avoir afin de nous mériter le ciel.  C’est aussi ce qu’il veut de nous tous.  Son plan est le même pour tous sans exception; on aura au ciel ce qu’on a semé en ce monde et l’on possédera Dieu en proportion qu’on l’a payé avec les choses de ce monde.
Au jeune homme riche Jésus dit qu’il lui manque encore une chose pour arriver au ciel: se détacher de ses biens.  Il avait encore cet amour naturel que tout homme a pour les choses créées en venant en ce monde.  Il ne pouvait pas avoir l’amour de Dieu tant qu’il gardait l’amour de ses biens.  Or ordinairement pour se débarrasser de cet amour le seul moyen pratique est de se défaire de ses biens.  C’est ce que Jésus dit au jeune homme, mais il s’en alla triste parce qu’il avait beaucoup de ces biens qu’il aimait.
Défions-nous de ce détachement de volonté tout en
gardant ses biens; que d’illusions là!  Devant la foi ce n’est pas facile de trouver des motifs pour garder ses biens superflus selon la foi.  Car il est facile à l’amour naturel des créatures de se trouver des excuses pour ne pas avoir de superflu.  On n’a qu’à acheter de plus beaux habits, plus d’ameublements, des maisons de campagne plus riches, changer d’auto plus souvent, faire des voyages dispendieux, etc.  et on n’a jamais de superflu avec ce régime de païen.  Alors pour la mentalité païenne de la plupart des chrétiens cette question de superflu ne se pose pas.  Il faut prendre une autre règle de conduite pour ces gens.  Le mieux est de les instruire sur le plan divin pour gagner le ciel qui consiste à l’acheter aux dépens des échantillons ou le récolter en semant des créatures par le sacrifice.  Qu’on demande à ces gens ce qu’ils ont donné pour acheter le ciel ou pour le récolter.  Qu’ils le marquent en blanc et en noir sur le papier.  Ils montrent où est leur coeur par la sorte de biens qu’ils tiennent à avoir… et cela se montre par ce qu’ils sacrifient pour l’amour de Dieu.  Que les riches comme en Amérique où l’on défend aux pauvres de quêter ne se fassent pas prendre par cette excuse que personne ne leur demande l’aumône; c’est à eux à aller à la recherche des pauvres, créés par Dieu pour donner le ciel aux riches.  Les pauvres sont les porteurs des biens des riches pour le ciel.  Comme dit St.  J.  Chrysostome, le rôle des pauvres est incomparablement supérieur à celui des riches.  Ceux-ci ont été établis par Dieu pour donner la vie temporelle aux pauvres, mais les pauvres sont établis pour donner la vie éternelle aux riches.  Voilà pourquoi c’est aux riches à aller supplier les pauvres de vouloir bien accepter leur aumône afin d’avoir une place au ciel avec eux.  C’est le désordre que les pauvres aillent quêter, c’est aux riches à aller les découvrir avec les moyens faciles qu’ils ont de se déplacer, de beaux équipages ou de nos jours de belles machines.  Qu’ils les chargent de provisions et qu’ils aillent les distribuer aux pauvres chaque semaine, par exemple.  Quand les riches veulent voyager il faut qu’ils aillent à un agent établi pour vendre des billets; eh bien, qu’ils aillent chez les pauvres acheter leur billet pour le ciel!  en le payant avec des provisions et des habits.  Commençons vite.  Dieu ne nous a pas promis encore bien des années pour avoir notre billet pour le ciel.
Jésus a fait pratiquer sa pauvreté par les deux plus saints personnages au monde après lui: Marie et Joseph.  Il les voulait tout près de lui au ciel; alors il les a tenus dans la plus grande pauvreté au monde comme lui.  Eh bien, en proportion que nous voulons être près de Jésus au ciel, aimons et pratiquons la pauvreté.  On comprend que St.  Ignace nous recommande d’aimer la pauvreté comme une mère.  Sont-ils nombreux ceux qui ont de l’affection pour elle?  qui lui font des caresses fréquentes en se dépouillant de quelque chose aussi souvent que possible avec la grâce de Dieu?  Ceux qui prétendent aimer Jésus et qui n’aiment pas la pauvreté sont dans l’illusion, car Jésus et la pauvreté c’est la même chose au point de vue de l’amour de Dieu et donc du mépris du créé.  Quand on veut progresser en amour de Jésus qu’on se rappelle ce qu’on demande à Dieu!  C’est aller du côté de la pauvreté du coeur au moins et le plus possible à la pauvreté effective ou de fait.
En ses disciples.  Il est bon de voir comment ils ont compris la pratique et la doctrine de Jésus au sujet de la pauvreté.  Est-ce qu’ils ont pratiqué seulement la pauvreté de détachement et qu’ils ont prêché seulement la pauvreté du coeur?  Quoique nos philosophes diraient «strictement parlant» elle suffit pour être sauvé, les Apôtres comme Jésus étaient plus pratiques; ils connaissaient le coeur humain qui s’attache à tout ce qui peut flatter la nature, et ils ont prêché de fait la pauvreté réelle et effective.  C’est aussi la pratique des Saints.  Act.  244: «Ceux qui croyaient étaient ensemble et possédaient tout en commun; ils vendaient leurs terres et leurs biens et ils les distribuaient à tous selon le besoin de chacun.» Ces distributions réelles augmentèrent tellement que les Apôtres ont dû établir des diacres pour faire ces distributions.  I Cor.  9-25: «Tous ceux qui combattent dans l’arène, s’abstiennent de toutes choses, eux pour gagner une couronne corruptible, mais nous une couronne incorruptible.» Phil.  3-8: «Tout me semble perte au prix de l’éminente science de Jésus-Christ, mon Seigneur, pour l’amour duquel je me suis privé de toutes choses, les regardant comme du fumier afin de gagner Jésus-Christ.» Il s’est donc privé effectivement de toutes choses et donc a pratiqué la pauvreté réelle dans le concret.  Tous ces textes et bien d’autres qu’on pourrait citer montrent que les disciples de Jésus ont compris dans tous ces textes sur la pauvreté, la pauvreté réelle, effective.  Quand on méprise une chose réellement, on la rejette au loin.  Eh bien; les disciples ont appris qu’il faut mépriser réellement les échantillons et ils les ont rejetés loin d’eux.  Leur amour pour Dieu était bien réel; il fallait que le mépris de ses rivales à notre affection fût aussi réel.  A mesure qu’une âme monte vers Dieu, elle se détourne de l’affection des choses créées.  L’amour de Dieu réel est en raison inverse de l’amour des créatures.  Si donc nous voulons être avec Jésus, les Apôtres et les Saints, nous devons rejeter le plus possible les choses créées et dans le concret autant que possible, pas seulement par le détachement du coeur, qui n’est pas facile à mesurer et à peser.  On peut se faire grandement illusion sur ce détachement intérieur.  On s’en aperçoit quand de fait on commence à se dépouiller de fait.  Comme il en coûte: c’est donc qu’on n’était pas aussi détaché qu’on le pensait.  Toute cette doctrine est en parfaite harmonie avec nos dispositions dans le ciel.  Là il est certain que nous ne voudrons pas autour de nous des échantillons de la terre, mais uniquement les perfections divines.  Eh bien!  on dit souvent que la mort ne fait qu’immortaliser ce qu’elle trouve dans le coeur; si nous voulons les dispositions du ciel, il faut donc les cultiver tout de suite sur terre.  Eh bien!  Jésus, les Apôtres et les Saints nous l’indiquent clairement au sujet de la pauvreté; c’est de la pratiquer dans le concret et pas seulement l’admettre et l’admirer de loin.
Est-ce que tout confesseur intelligent n’exigerait pas le renvoi effectif d’une maîtresse qu’un pénitent aurait?  Est-ce qu’il devrait le laisser la fréquenter s’il promettait de s’en détacher de coeur?  Cela n’aurait aucun bon sens.  S’il n’a pas le droit de l’aimer, eh bien, qu’il l’éloigne de lui absolument.  Or, il est certain que le coeur de l’homme est aussi sensible aux plaisirs créés que l’homme l’est pour une femme qu’il aime. 
Voilà pourquoi Dieu exige le renvoi effectif et réel pour ses meilleurs amis.  «Strictement parlant» un docteur dirait qu’on peut aimer Dieu en étant riche.  C’est vrai.  Mais moralement parlant ces phénomènes sont assez rares dans l’Eglise.  Comme un mari fait un acte d’amour envers sa femme en rejetant les avances d’une autre femme, ainsi le chrétien fait un acte d’amour de Dieu quand il rejette loin de lui les avances des créatures qui pourraient le captiver ou qui le captivent.  avantages pour nous.  Préserve du péché.
La pauvreté, acceptée pour l’amour de Dieu, préserve du péché.  Ce sont les créatures qui alimentent la concupiscence et les passions.  Moins on en a et moins on est exposé au péché.  On voit que lorsque Dieu veut convertir des pécheurs riches, il commence par leur envoyer la perte de leur position ou de leurs biens, afin de leur enlever les moyens de se satisfaire, ou encore la maladie.  On voit aussi qu’une foule de Saints ont été élevés très pauvrement; c’est donc un milieu plus favorable pour la sainteté.  La pauvreté favorise aussi l’humilité qui préserve d’une foule de péchés en attirant les grâces de Dieu, comme la richesse favorise l’orgueil qui éloigne de Dieu et conduit ainsi au péché.  Elle exerce les vertus, au moins elle est de nature à leur fournir un aliment a leur exercice.  Elle fait réfléchir sur le plan de Dieu.  Les pauvres se demandent pourquoi Dieu en a fait de si riches et d’aussi pauvres et s’ils ont un peu de foi ils essaient de justifier la Providence divine infinie et sage et qui veut le bien de l’homme.  Cette méditation les jette dans l’autre monde où on peut seul justifier Dieu de l’inégalité sur terre.  Elle favorise l’amour de Dieu.  Comme les pauvres n’ont rien sur terre, ils devraient se jeter dans le monde de la foi qui leur parle d’une autre vie autrement belle que celle-ci où Dieu se donne d’autant plus qu’il a donné peu en ce monde.  Quel changement dans leur mentalité s’ils avaient la chance de lire tout ce que Jésus et les Apôtres ont dit en faveur de la pauvreté!  Ils remercieraient Dieu de la grande faveur qu’il leur a faite par la pauvreté.
Elle exerce aussi à l’espérance dans les biens célestes que Dieu promet aux pauvres s’ils veulent bien le servir.  Comme les affamés pensent souvent à des banquets, ainsi les pauvres devraient souvent penser au banquet éternel où Dieu les inondera de ses délices.  Elle les exerce à l’amour de Dieu en leur enlevant les rivales de Dieu à notre affection, les créatures.  Evidemment il faut que ces pauvres aient un commencement de foi pour croire tout ce que le bon Dieu dit de l’autre monde.
Même pour ce monde Jésus promet le centuple de mérite et de bonheur à ceux qui abandonnent leurs biens pour l’amour de Dieu.  Cela veut dire que pour le plaisir qu’on aurait trouvé dans un échantillon Dieu nous donnera des consolations spirituelles qui dépassent cent fois les plaisirs de la terre.  Car on doit savoir que les plaisirs des sens ne sont que des échantillons des plaisirs de l’âme dans le monde surnaturel.  Donc plus nous aimons à jouir et plus nous devrions rejeter les plaisirs des sens si éphémères, tandis que lorsque nous les semons en pratiquant la pauvreté et la mortification, on les récolte éternellement dans le ciel.  Ce devrait être un bon motif pour nous en priver un peu de temps en ce monde.  Tout chrétien devrait tenir les yeux sur la pauvreté de Jésus; il est Dieu et infiniment sage; puisqu’il a tant aimé et si bien pratiqué la pauvreté, c’est donc qu’elle est une source extraordinaire de bénédictions pour l’homme.  Cela devrait être assez pour nous la faire pratiquer le plus possible avec la grâce de Dieu et la prêcher autour de nous par le contentement dans la pauvreté et par de bonnes paroles en sa faveur.  elle est la mort du premier amour naturel en nous, qui empêche l’amour de Dieu d’entrer en nous!…